RAPPORT DES DEBATS PUBLICS AUTOUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DANS LES QUARTIERS DE LOME

 

RAPPORT DES DEBATS PUBLICS AUTOUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DANS LES QUARTIERS DE LOME MARQUANT LA DEUXIEME PHASE DU PROJET TOGO PROPRE 2011

 

 

1.INTRODUCTION

 

 

Le 6ème Forum Mondial de l’Eau (FME) se tiendra du 12 au 17 mars 2012 à Marseille. En vue de préparer la participation du Togo à ce rendez-vous mondial de l’eau, le Ministère de l'eau, de l'assainissement et de l'hydraulique villageoise organise un Forum National de l'Eau et de l’Assainissement (FNEA) à Lomé les 5 et 6 janvier. Ce processus préparatoire national bénéficie du support technique et financier de l'ONG française Eau Vive dans le cadre de l'initiative "A l'eau l'Afrique! A l'eau le monde !".  

Placé sous le thème « LE TEMPS DES SOLUTIONS », le Forum de Marseille se veut celui des Solutions. Le Togo dispose de pratiques réussies en matière d’eau et d’assainissement. La participation des acteurs togolais à ce forum sera une occasion pour partager leurs expériences avec la communauté de l’eau et de l’assainissement du Monde.

Cependant, les populations à la base sont les plus vulnérables au problème de manque d’accès à l’eau et à l’assainissement malgré la volonté manifestée et la volonté des acteurs du secteur. Il est nécessaire de ramener le Forum Mondial de l’Eau dans les quartiers afin de permettre aux populations de s’exprimer sur leurs problèmes en matière de l’eau et de l’assainissement et des alternatives citoyennes développées pour les résoudre. C’est dans cette perspective que l’ONG Jeunes Volontaires pour l’Environnement, membre du comité d’organisation du FNEA, a organisé du 31 décembre 2011 au 02 janvier 2012 dans quatre quartiers de Lomé des débats publics autour des enjeux de l’eau et de l’assainissement avec l’implication de l’Association des Jeunes Volontaires au Service du Monde Environnemental(AJVSME).

Ces actions rentrent toujours dans notre engagement et notre prise en compte d'atteindre un développement durable à travers la promotion des objectifs du millénaire pour le développement.

Ces différents débats ont connu des succès considérables avec des contenus bien nourris pour le prochain forum. Retenons les débats d’ADAKAME et de BE.

 

2.QUARTIER ADAKPAME

 

Le débat démarrait à 10H30 TU avec l’animation d’un groupe « bobobo » du quartier destiné à la mise en place des autorités administratives et traditionnelles puis les invités. A 11H00, les mots de bienvenue et meilleurs vœux ont été adressés au public par monsieur TATA suivi de l’intervention du chef de projet monsieur Kossi LOUMONVI, du représentant du ministre de l’eau et de l’assainissement puis du chef quartier d’ADAKPAME.

Le débat a abordé les différents thèmes suivants : l’eau de boisson, les eaux usées, les issues des calamités naturelles et le rapport entre l’eau et l’assainissement.

 

Selon les habitants, l’eau de part le monde c’est la vie mais constitue parfois de véritables problèmes. Chez nous à ADAKPAME, on a jamais souhaité que la pluie tombe et mouille notre quartier. Une fois que nous constatons les signes de pluie, nos visages s’envahissent de larmes et nos cœurs sont remplis de « tristesse profonde et douloureuse ». Nous refusons la pluie dans notre quartier pour des raisons d’inondation, pollution de nos sources d’eau de consommation et épidémie.

Dans notre quartier, nous manquons d’eau potable, de latrines, de dépotoirs ; de canaux d’adduction d’eau, de poubelles publiques et de réserve d’eau. Nous venons d’apprendre que JVE (Jeunes Volontaires pour l’Environnement) existe au TOGO il y a 10 ans. Mais depuis que nous souffrons de problèmes d’eau et d’assainissement, vous ne vous êtes jamais préoccupés à venir à notre secours ne serait ce que nous pour offrir des forages publics et des latrines. Nous sommes privés d’eau potable. Vous devrez comprendre que : ADAKPAME est sans « eau potable », sans « latrines », sans « poubelles » etc. ; donc pas de vie. A l’heure actuelle où nous sommes en débat ici, des cas de choléra gangrènent notre localité pour raison de consommation d’eau non potable. Vous pouvez vous rendre au centre de santé du quartier pour apprécier l’épidémie de choléra. Nous vivons dans nos quartiers avec des microbes et bactéries dans des retenues d’eaux et autres. Notons à partir d’aujourd’hui que dans notre quartier à ADAKPAME, « l’eau n’est plus une source de vie mais une source de mort ». Après la pluie, nos puits ne sont plus consommables parce qu’ils deviennent pollués.

De façon générale, nos sources d’eaux de consommation sont les suivantes : les forages, les puits (avec leurs conséquences déplorables). Mais grâce à l’appui de la croix rouge avec l’appui de notre centre de santé, nous bénéficions de l’eau de javel et du javel en comprimé pour déparasiter nos eaux de consommation. Pour nous approvisionner en eau de forage, il faut 35 ou 40F CFA le bidon de 25 litres. Pas d’argent, pas de consommation d’eau potable. L’eau dans notre quartier n’est plus un bien de nécessité mais un bien de luxe. Dans tout le quartier, nous n’avions pas de pompe.

 

Selon madame Soro GAFAN, la première intervention féminine du quartier présente au débat, « nous sommes privés de joie à chaque fois qu’il pleut. L’Etat et les associations sont priés de venir à notre secours ; en nous trouvant des solutions adaptées à nos véritables problèmes ».

Pendant l’inondation, les jeunes du quartier se mobilisent pour creuser des caniveaux  d’évacuation d’eau jusqu’au fleuve Zio. Nous nous mobilisons également de toutes les manières pour louer des tuyaux de longues distances pour évacuer l’eau des maisons, écoles, places publiques, etc. avec des motopompes. Pour moins de moustiques, nous utilisons aussi des moustiquaires.

 

De la part de notre gouvernement, nous souhaitons qu’on :

v  Mette nos voies de communications routières praticable ;

v  Réalise des canaux d’adduction d’eau jusqu’au fleuve Zio ;

v  Crée un dépotoir contrôlé ;

v  Augmente la construction de latrines publiques (actuellement on a qu’une seule latrine publique dans notre quartier).

 

A 12H18 TU, le débat prenait fin avec un intermède de scène et de mots de clôture du chef du village et du chef de projet.

 

3.CENTRE COMMUNAUTAIRE DE BE (CCB)

 

Démarré à 16H moins, le débat citoyen du centre communautaire de Bè est marqué par une forte participation de femmes par rapport à celui du quartier d’ADAKPAME.

Selon le public présent, « l’eau c’est la vie ; l’eau c’est la mort ». Et l’eau a pour rôle de contribuer positivement à la navigation, l’agriculture, l’élevage, l’énergie, l’usage domestique etc. ; bref, l’eau a une importance capitale dans notre vie quotidienne.

L’eau devient un élément nuisible ou dangereux lorsqu’elle est source de mort. L’inondation et la pollution de l’eau entrainent de graves conséquences.

Nos sources d’eau à Bè sont les suivantes : puits, pompes, forages, eau de pluie. Mais nous disposons d’un nombre restreint de forages. L’eau est vendue à 35F CFA la quantité de 25 litres. A Bè Kpota, l’eau de puits est vendue. Selon les propriétaires, ces fonds leur permettront de veiller à faire l’entretien et à mettre à la disposition des bénéficiaires de quoi puiser l’eau. Dans le temps au Togo, l’eau de consommation était gratuite. Mais de nos jours, elle est payante avec une faible pression auquelle on doit réfléchir.

En matière de gestion d’eau, nous avions remarqué que l’eau n’est pas toujours utilisée de façon rationnelle. Les eaux usées ; à savoir : celles de lessives, de vaisselles, etc. sont souvent jetées dans les rues. Mais celles pouvaient être utilisées dans les latrines pour chasser nos besoins. L’eau répare et détruit la vie.

C’est dire que l’inondation est un problème d’eau qui nous menace dans notre communauté. Mais la pluie étant d’ordre naturel et non manipulable, à travers ses influences négatives doit nous amener à formuler des approches de solution  appropriées à nos réalités.

Dans un premier temps, nous devrons réfléchir sur la pratique de l’hygiène et la gestion de nos canaux d’adduction afin d’éviter l’obstruction de ceux existants (une des conséquences de l’inondation). Nous pensons aussi qu’il est très déplorable de balayer les voies et chaussées puis déverser les tas d’ordures à la devanture des maisons longeant ces voies.

Au niveau du quartier ADJALE, nous manquons de caniveaux. L’inondation a toujours des répercutions négatives sur les activités socioéconomiques et professionnelles. Le manque de réserve d’eau suffisant, la non dégradation des sachets sous le sol, le changement climatique et l’obstruction des caniveaux sont les principales causes d’inondation dans notre environnement.

En termes de solutions, nous proposons la création des puisards publics de grande dimension, l’installation de poubelles publiques tout au long de nos voies avec un programme permanent d’évacuation.

Depuis 1990, certaines actions du gouvernement ont faits que la lagune de Bè n’est plus praticable. C’est dire que les morts que nous voyons dans notre lagune ne nous encouragent pas à avoir une bonne idée sur celle-ci. Notre lagune était coulante dans le temps ; ce qui n’est plus le cas aujourd‘hui. De nos jours, les riverains ont communiqué leurs latrines et toilettes à la lagune. Toutes les eaux usées du Centre Hospitalier Universel (CHU) de Tokoin sont convoyées vers notre lagune qui n’a jamais déparasité.

Dans notre quartier nous manquons de latrines publiques. Pour vérifier nos paroles, il suffirait de s’y rendre à 06 H GMT pour voir que les cabines sont pleines avec des attentes dans le couloir et à la devanture.

Chez nous à AKODESSEWA, nous n’avions même pas de latrines publiques. Nous quittons la pharmacie des Oliviers pour faire nos besoins après une distance entre 500 et 1500 mètres.

Dans notre quartier SOUZA N°01 (derrière le Centre Hospitalier Régional « CHR » de Bè), nous n’avions pas de latrines publiques ; ni de pompes. Quand nous réclamons, on nous fait savoir que nous ne soutenons pas le régime en place aux différentes élections.

 

Comme solutions en matière de rapport entre l’eau et l’assainissement, nous proposons :

 

v  La sensibilisation de la population sur les bonnes pratiques d’hygiène ;

v  Suspendre l’évacuation des latrines vers la lagune et la communication des toilettes avec la lagune puis mettre des dispositifs pouvant identifier les futurs pollueurs ;

v  Créer des poubelles publiques un partout dans la ville et le long des voies ;

v  Faire un plan d’urbanisation adapté à nos réalités climatiques ;

v  Elaborer des lois de redressement et de violation ;

v  Mettre en place un contrôle strict de gestion des ordures.

 

 

A 17H32, une pause de cocktail a eu lieu suivi d’une scène de démonstration. Tout le débat prenait fin à 18H19.

     Chers partenaires, donateurs et lecteurs, voici en intégralité les données recueillies qui nous servions d’orienter nos stratégies d’intervention vis-à-vis des besoins sociaux.

Ces donnons servirons également au forum national de l’eau au Togo comme au forum mondial à Marseille en France.

 

 

4.Nos recommandations et propositions de solutions pour Marseille

 

q  Motiver les jeunes acteurs et structures en les accompagnants financièrement et en les formants sur la mobilisation des fonds et la rédaction des projets bancables ;

q  Créer et promouvoir dans les universités les filières sur l’eau et l’assainissement surtout dans les pays du sud ;

q  Organiser sur le plan international et national des rencontres de partages d’expériences et transfert de savoirs et savoir-faire entre les acteurs de l’eau et de l’assainissement ;

q   Mettre en place des mécanismes de visibilité et d’appui aux jeunes structures ;

q  Instaurer des prix d’excellence et de bonne gouvernance sur la gestion efficace des fonds alloués aux projets et sur la bonne gouvernance de l’eau ;

q  Renforcer les capacités de l’ensemble des acteurs du secteur Eau et Assainissement à travers des formations permanentes à tous les niveaux ;

q  Créer des évènements de visibilité : manifestations publiques (dîner de compte rendu et de collectes), publicité, des journées vendredi de l’eau et dimanche de l’eau (au niveau des confessions religieuses), taxes sur téléphonies, mais aussi des dons volontaires et contributions d’autres sponsors pour le financement  de l’eau ;

q  Renforcer la coopération des structures nord – sud et toujours convoquer les jeunes structures sur les différentes colloques et forums à travers des bases de données du département chargé de la société civile, des ONG, etc. ;

q   Poursuivre et intensifier la sensibilisation et l’éducation des populations sur la gestion des ouvrages d’eau et assainissement ;

q  Conduire des campagnes d’information et de formation régionale sur la gestion intégrée des ressources en eau et les textes juridiques régissant la gestion de l’eau ;

q  Développer une participation effective de tous les acteurs et parties prenantes.

 

 

5.Messages Forts :

 

Appel à la communauté internationale et aux différents des partenaires techniques et financiers pour:

v  L’accompagnement des jeunes structures dans le renforcement des capacités (humaines, financières et techniques) des collectivités locales en vue de rendre effectives  les charges et responsabilités de la bonne gouvernance de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement ;

v  Donner la chance aux différentes structures et acteurs de l’eau et de l’assainissement de se faire représenter par un membre au moins aux forums, colloques ou rencontres sur le plan local, national, régional et mondial.

Lomé, le 03 janvier 2012

L'équipe de Cordination